mardi 17 novembre 2009

Quanti-Quali. En finir avec une opposition contre-productive

Profondément institutionnalisée, l'opposition entre les travaux qui utilisent des outils dits quantitatifs et ceux qui privilégient des outils dits qualitatifs, bride une recherche qui a tout à gagner à multiplier ceux qui n’excluent pas a priori tel ou tel outil.

Avec Mathilde Olivier et Rémi Sinthon, j'organise une journée d'études qui a pour objet de consommer la rupture avec l’obstacle épistémologique que constitue le clivage « quanti/quali », en montrant comment celle-ci peut aider les sociologues à explorer des domaines originaux ou à revisiter un nouvel aspect d’objets bien connus par ailleurs ainsi qu’à consolider la validation empirique de théories constituées. 

La journée aura lieu le lundi 3 mai 2010 au Centre Maurice Halbwachs (48, bd. Jourdan, Paris 14°)

Appel à communications

La richesse actuelle de la production en sciences sociales doit beaucoup au foisonnement des outils d’analyse et de production des données. Il existe cependant encore un clivage assez net, entre les travaux qui utilisent des outils dits quantitatifs, qui portent sur des grands nombres et qui vantent la « généralité » des résultats produits, et ceux qui privilégient des outils dits qualitatifs, qui produisent des matériaux moins standardisés et qui prônent le souci de la « complexité » du réel. Cette opposition, qui en recoupe toute une série d’autres dont la pertinence est tout aussi contestable (macro / micro, sociologie / anthropologie, objectif / subjectif, expliquer / comprendre, preuve / illustration, général / particulier, etc.) reste malheureusement profondément institutionnalisée, en particulier dans les formations de l’enseignement supérieur. Elle continue ainsi à brider une recherche qui a tout à gagner à multiplier les travaux qui n’excluent pas a priori tel ou tel outil. Or la légitimité des méthodes ethnographiques s'est fermement renforcée dans le monde académique depuis les deux dernières décennies, pendant que l’usage des outils informatiques s’est simplifié et banalisé. Les conditions sont donc plus que jamais favorables pour que  les chercheurs appliquent à l’étude d’un même objet des outils qui relèvent de traditions disciplinaires différentes.

Les recherches prenant acte d’une telle remise en cause, si elles restent rares, ne sont pas pour autant absentes du patrimoine collectif des différentes disciplines des sciences sociales, loin s’en faut. On peut ainsi évoquer les célèbres travaux des époux Lynd sur la ville de "Middletown", au tournant des années 1930, ou, plus récemment, ceux de Pierre Bourdieu sur les rapports à la culture légitime. Il existe également quantités d’enquêtes par questionnaire basées sur une préenquête conséquente par entretiens, de vérifications statistiques de résultats déjà solidement établis par d’autres moyens. Les statisticiens publics, de plus en plus, cherchent à confronter leurs conclusions à d’autres formes de matériaux. Plusieurs techniques se sont en outre constituées, qu’il serait difficile de classer comme « quantitatives » ou « qualitatives » : l’analyse lexicale de corpus de textes, les comptages systématiques lors d’enquêtes de terrain, les comparaisons expérimentales de petits groupes, etc.

La journée d’études a pour objet de consommer la rupture avec l’obstacle épistémologique que constitue le clivage « quanti/quali », en montrant comment celle-ci peut aider les sociologues à explorer des domaines originaux ou à revisiter un nouvel aspect d’objets bien connus par ailleurs ainsi qu’à consolider la validation empirique de théories constituées. Il s’agira également de favoriser des rencontres peu fréquentes entre chercheurs issus de formations différentes, afin que chacun voie ce qu’il a à apprendre des autres.

Des propositions de contributions sont attendues dans les domaines suivants :

1. Epistémologie/méthodologie, histoire des sciences
Quand il n’occupe pas une position de surplomb qui le porte à des énoncés trop généraux pour être utiles au chercheur, le discours sur la science est indispensable au travail de recherche. Critique des spécificités et des limites d’une méthode particulière, explicitation des relations entre méthode et théorie sur des cas concrets, mise en rapport de courants méthodologiques ou théoriques avec l’histoire de la discipline, sociogenèse de l’opposition « quanti / quali », ou toute autre analyse appelant à une pratique toujours plus réflexive des outils scientifiques en vue d’une articulation des méthodes qui se fasse en connaissance de cause : autant de types de contributions susceptibles d’être retenues.

2. Résultats produits grâce à l’utilisation conjointe d’outils encore peu associés...
La journée se veut principalement une arène de discussion autour de comptes-rendus de recherches. Les auteurs montreront, très concrètement, comment des assemblages méthodologiques originaux leur ont permis de produire leurs résultats. Ils éclaireront également les problèmes pratiques que ces montages leur ont posés et les répercussions théoriques qu’impliquent leurs choix méthodologiques. Comment ceux-ci se sont-ils révélés heuristiques ?

3. …ou grâce à l’émancipation du cadre contraignant que constitue l’opposition « quanti / quali »
L’abandon du schème classificatoire qui distingue les « méthodes qualitatives » des « méthodes quantitatives » n’appelle pas seulement à des combinaisons méthodologiques peu fréquentes : il invite aussi à revisiter l’emploi routinier que l’on fait de certains outils traditionnellement attachés à l’un ou à l’autre pôle de l’opposition. Dans ce but, nous porterons une attention particulière à toute contribution qui montrera combien il peut être fécond de libérer un outil d’analyse donné des liens historiques qui l’attachent à l’un des deux pôles.

Comité d’organisation
Pierre de Larminat doctorant en sociologie, LERP – CMH.
Mathilde Olivier, doctorante en sociologie, CMH.
Rémi Sinthon, doctorant en sociologie, CSE – CMH.

Comité scientifique
Le comité scientifique comprend les membres du comité d’organisation et les personnes suivantes.

Eric Brian, Directeur d’études à l’EHESS, CMH.
Pierre Fournier, Maître de conférences à l’Université de Provence, LAMES.
Séverine Gojard, Chargée de recherche à l’INRA, ALISS.
Michel Gollac, Administrateur de l’INSEE, CREST.
Emmanuel Pierru, Chargé de recherche au CNRS, CERAPS.
Florence Weber, Professeur des universités à l’ENS, CMH.
Claire Zalc, Chargée de recherche au CNRS, IHMC.


Contact et organisation
Les propositions de communication compteront entre 3 000 et 4 000 signes, et devront être envoyées par courriel, en pièce jointe, à l’adresse suivante : journeequantiquali@gmail.com, le 8 février 2010 au plus tard.

Il ne sera pas nécessaire d’inscrire formellement les propositions dans une des trois thématiques indicatives présentées ci-dessus mais il faudra présenter clairement l’objet étudié, les matériaux utilisés et les outils d’analyse ou de production des données sur lesquels portera le propos.

Les candidats seront informés des modalités pratiques de participation avant le 19 mars 2010.

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